Les inégalités entre hommes et femmes persistent dans de nombreuses couches de la société , certains experts estiment que le changement vient d’abord du bas âge. À Bukavu comme ailleurs , il devient urgent d’intégrer la sensibilisation à l’égalité des genres dès l’école primaire comme l’une des priorités éducatives, pédagogiques et culturelles.
Une éducation genrée dès l’enfance
Dans de nombreuses écoles, les enfants sont dès leur tendre enfance formés aux rôles sexistes attribués à leur genre, les filles devant séduire par leur calme et obéissance alors que les garçons doivent faire preuve de force de caractère.

« Ce sont des modèles sexistes que l’on répète sans même s’en rendre compte. Par exemple, on demande toujours aux filles de balayer et aux garçons de porter les bancs », constate Mme Irène Mwami, institutrice depuis quinze ans au sein d’une école publique de Kadutu.
Une pédagogie à transformer
Face à cela , des ONG locales viennent en soutien avec une offre de modules d’enseignement centrés sur l’égalité des genres.
Madame Sarah Ndebo ,activiste des droits humains au Sud-Kivu, s’engage à sensibiliser ses pairs à d’éventuelles erreurs produites inconsciemment.

« Nous avons développé des outils simples pour promouvoir l’égalité, déconstruire les stéréotypes et favoriser la solidarité. »
Ces outils sont des contes réécrits, une mise en forme de jeux mixtes, ou des discussions autour des rôles sociaux.
Les enfants moteurs de changement
À l’école primaire Umoja , les élèves de 5e animent un club de parole où les garçons et les filles parlent des injustices.
Bahati, 11 ans, évoque par exemple :
« Avant, je pensais que les filles ne pouvaient pas jouer au football. Maintenant on joue tous ensemble. »

Une camarade, Grâce, précise :
« Je sais que je peux être cheffe ou ingénieure plus tard, comme les garçons. »
Mais l’école ne peut suffire. Mme Antoinette Mwinja, sociologue, spécialiste des questions de genre, note : « Il faut avoir l’appui des familles. Elles sont celles qui maintiennent souvent, sans mauvaise intention, les stéréotypes les plus ancrés. »
M. Léon Balume, directeur d’école ajoute dans le même sens : « Nous faisons des réunions régulières avec les parents pour sensibiliser à l’égalité et les inciter à donner de la valeur au potentiel de leurs filles autant qu’à celui de leurs garçons. »
Des obstacles à surmonter
Cependant , le chemin est semé d’embûches. Certaines des communautés se sentent encore atteintes dans leur culture ou leur religion par ces efforts.
« Certains parents nous disent que parler d’égalité à des enfants n’est que leur mettre de mauvaises idées dans la tête », se désole Mme Mwami.
Établir l’égalité de genres dès l’école primaire, n’est pas simplement disperser des graines d’équité mais espérer pour demain une société juste et inclusive.
Comme le constate la pédagogue Joséphine Luhanga : « Ce que l’enfant apprend en classe devient ce qu’il défend demain dans la société. »
Enseigner l’égalité, ce n’est pas opposer les genres, c’est unir les citoyens de demain autour du respect, de la justice et de la dignité.
Par Eddy MALEKERA
